Pérou : mon carnet de Cuzco au Machu Picchu, et l'Amazonie depuis Iquitos
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Cuzco, 3 400 mètres. On m'avait prévenu pour l'altitude, j'avais écouté d'une oreille. Deux jours plus tard, je ne me sentais toujours pas d'attaque, et la réception de l'hôtel m'a monté une bouteille d'oxygène dans la chambre. C'est peut-être le souvenir le plus honnête que je garde du Pérou : le pays ne commence pas par le Machu Picchu, il commence par apprendre à respirer.
Le Pérou ne commence pas par le Machu Picchu. Il commence par apprendre à respirer.
Cuzco : deux jours à ne rien faire, et c'est très bien comme ça
Le mal aigu des montagnes (le « soroche ») n'a rien à voir avec la forme physique. On peut être sportif et le prendre de plein fouet, comme moi. Maux de tête, essoufflement au moindre escalier, sommeil haché : la seule chose qui fonctionne vraiment, c'est le temps. Comptez deux jours pleins à Cuzco avant toute activité sérieuse, arrivez plutôt le matin, buvez beaucoup d'eau, laissez tomber l'alcool les premiers soirs.
Sur les remèdes locaux, je vais être franc plutôt que de répéter ce que tout le monde écrit : on m'a donné des bonbons à la feuille de coca, et chez moi ça n'a rien changé. Le maté de coca est partout, il se boit très bien, mais ne comptez pas dessus comme sur un médicament. L'oxygène en chambre, en revanche, fait une vraie différence — c'est d'ailleurs pour ça que certains hôtels de Cuzco en proposent directement dans leurs chambres, et j'ai dormi au Belmond Hotel Monasterio, installé dans l'ancien monastère San Antonio Abad de la fin du XVIe siècle, qui équipe une partie de ses chambres en oxygène.
J'ai fait une vidéo dédiée à ces premières 48 heures, bouteille d'oxygène comprise, si vous voulez voir à quoi ça ressemble vraiment.
Le bon côté de cette immobilisation forcée, c'est qu'elle vous offre Cuzco. Les ruelles coloniales posées sur des fondations incas, le marché de San Pedro, et surtout cette vie de rue qui continue sans se soucier des touristes : les tisserandes installées sur un muret avec leur alpaga qui dort au soleil, les toits de tuiles à perte de vue, la place d'Armes en fin de journée. On ne visite pas Cuzco, on s'y assoit.


Le Vistadome : le trajet fait partie du voyage
Le Machu Picchu ne se rejoint pas en voiture. Il faut passer par Ollantaytambo ou Cuzco, puis prendre le train jusqu'à Aguas Calientes, et enfin une navette pour les derniers lacets. J'ai pris le Vistadome de PeruRail, celui dont le toit est vitré en plus des fenêtres latérales — et honnêtement, si vous hésitez avec l'option la moins chère, prenez celui-là.
Ce que j'ignorais avant de monter : le spectacle est au retour, pas à l'aller. Sur le trajet Aguas Calientes vers Cuzco, l'équipage se transforme — musique andine live dans le wagon-bar, danses traditionnelles dans l'allée, puis un défilé de vêtements en baby alpaca présentés par le personnel, avec les pièces en vente à bord. C'est totalement assumé, c'est commercial, et c'est quand même un très bon moment. À l'aller, on regarde le paysage et on écoute l'audioguide : la vallée qui se resserre, la rivière Urubamba en contrebas, la végétation qui change à vue d'œil à mesure qu'on descend vers la forêt.


Le Machu Picchu à l'ouverture, sans personne
J'ai dormi au Belmond Sanctuary Lodge, le seul hôtel situé à l'entrée même du site. C'est un luxe qui se paie, mais il achète une chose qu'aucun budget ne remplace : être devant la grille à l'ouverture, à 6 heures, sans avoir pris la navette depuis Aguas Calientes avec tout le monde.
Le résultat est sur la photo ci-dessous, et je n'ai rien retouché : la citadelle à 2 430 mètres, les terrasses désertes, trois personnes au loin. Une heure plus tard, le même endroit ressemble à une file d'attente. Si vous ne retenez qu'une chose de cet article : prenez le premier créneau. Le site ouvre à 6 heures et la dernière entrée est à 16 heures — la différence entre les deux, ce n'est pas la lumière, c'est le silence.

Je n'ai pas fait l'ascension du Huayna Picchu, le pic qui ferme la carte postale. Il faut pour ça une route précise (la 3-A) et un billet à part, dont les places partent des mois à l'avance — je n'ai pas trouvé de quota officiel publié par le ministère de la Culture péruvien, donc je ne vous donnerai pas de chiffre, mais les créneaux sont très restreints et le sentier est raide. Un point que personne ne dit assez, en revanche : le circuit du Huayna Picchu ne passe pas par le point de vue classique. Si vous voulez la photo que tout le monde a en tête, c'est le circuit 2, route 2-A, qu'il vous faut.
L'Amazonie depuis Iquitos : la vraie déconnexion
C'est la partie du voyage dont je parle le moins et qui m'a le plus marqué. Iquitos est la plus grande ville au monde qu'aucune route ne relie au reste du pays : on y arrive en avion, ou en bateau après plusieurs jours de fleuve. Rien que ça, ça met dans l'ambiance.
J'y ai passé trois jours dans un lodge, sans réseau, sans rien. Pas de téléphone qui vibre, pas de notification : je ne m'étais pas déconnecté comme ça depuis des années, et c'est exactement ce qu'on vient chercher. Les journées sont rythmées par le fleuve — on part en bateau chercher les dauphins roses d'Amazonie, qui remontent la surface quelques secondes avant de replonger, et on va pêcher le piranha, ce qui est beaucoup plus amusant que ça n'en a l'air : une canne, un bout de viande, et une patience très relative.
Iquitos ou Puerto Maldonado : ce n'est pas la même Amazonie
Les deux portes d'entrée péruviennes n'ont rien à voir. Iquitos, c'est le fleuve Amazone lui-même, les lodges accessibles uniquement en bateau, les dauphins roses. Puerto Maldonado, au sud, est plus facile à combiner avec Cuzco et le Machu Picchu, avec une forêt plus dense et une faune terrestre. J'ai fait Iquitos, et si vous devez choisir pour le dépaysement pur, c'est celle que je recommande — à condition d'accepter le vol supplémentaire.
Le marché de Belén et les brochettes de suri
À Iquitos, on m'a fait goûter le suri, ces grosses larves grillées vendues en brochettes sur les marchés, dont celui de Belén. C'est la larve du charançon du palmier, qui se développe dans le palmier aguaje. Je ne vais pas vous mentir en disant que c'était délicieux — disons que la texture est une expérience. Mais c'est exactement le genre de chose pour laquelle on voyage, et le vendeur était ravi de me voir hésiter.

Lima : deux jours, et les otaries des îles Ballestas
Soyons honnêtes, Lima est surtout une ville de transit pour la plupart des voyageurs, et je n'y ai passé que deux jours. Le centre historique vaut vraiment le détour, et il suffit de longer la côte de Miraflores pour comprendre le rapport de la ville au Pacifique — j'y ai vu un type plonger dans l'océan juste à côté d'un restaurant, comme si de rien n'était.
La vraie sortie, elle est au sud. À Paracas, à 259 kilomètres de Lima et environ 3 h 30 de route, on embarque pour les îles Ballestas : une heure quarante de bateau officiellement, deux heures en pratique, au milieu des otaries, des manchots de Humboldt et de colonies d'oiseaux guaniers. Beaucoup les surnomment « les Galápagos du pauvre », ce qui est injuste pour les deux, mais ça donne une idée.
Côté table : le ceviche, évidemment, avec son maïs géant et sa patate douce, et le pisco sour. C'est le genre de plat qu'on croit connaître avant d'aller au Pérou, et qu'on redécouvre sur place.

Où dormir, étape par étape
Le Pérou se fait rarement d'une traite : chaque étape appelle un type d'hébergement différent. Voici où je regarde pour chacune.
Hôtels à Cuzco→Hôtels dans la Vallée sacrée (Ollantaytambo, Urubamba)→Hôtels à Aguas Calientes, au pied du Machu Picchu→Lodges en Amazonie autour d'Iquitos→Hôtels à Lima→Rester connecté au Pérou : l'eSIM
Entre l'altitude de Cuzco, les zones sans réseau de la vallée sacrée et le billet du Machu Picchu qu'il faut pouvoir sortir sur son téléphone à l'entrée, la connexion n'est pas un détail au Pérou. J'installe une eSIM Airalo avant de partir plutôt que de chercher une carte SIM locale en arrivant : configuration en quelques minutes, forfait dédié au pays, et -15 % avec le code MONSIEUR15. Pour l'Amazonie, prévoyez de toute façon d'être coupé du monde — et tant mieux.

Bon à savoir
Bloquez deux jours pleins à Cuzco avant toute activité : l'altitude ne se négocie pas, et elle touche autant les sportifs que les autres. Et prenez le premier créneau d'entrée au Machu Picchu, à 6 heures — une heure plus tard, le site n'a plus rien à voir.
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